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Samedi 27 août, 22h14
La Bourboule (JdLC - News) - C’est au terme d’une Auvergnate emportée main dans la main par Olivier Dulaurent, Jean-Luc Faure et Alain Rémy que l’ex-col killer de Mantes-la-Jolie a mis un terme à sa carrière cyclosportive.
" J’ai joué, j’ai perdu "
Il était 15 h 45 cette après-midi quand Jean de La Ciotat a franchi pour la dernière fois la ligne d’arrivée d’une épreuve cycliste. " J’ai joué, j’ai perdu " a lancé l’intellectuel provençal au cyclonaute Patrick Gilles à sa descente de vélo, deux heures onze minutes après le triomphe de la Dream Team du jour : Olivier Dulaurent, Jean-Luc Faure et Alain Rémy. " Je voulais être là et prendre une photo de JdLC pour la der " a déclaré l’actuel leader de la catégorie D du Grand Trophée. " Tu a su parler de ce que l’on ressent tous à un moment donné sur un vélo " a poursuivi le concepteur de cyclozone.com, douché, habillé et restauré depuis plus d’une heure.
En ce dernier samedi d’août, il y avait de l’émotion à proximité du tapis-antenne de Sport Communication, la société spécialisée dans l’organisation, la promotion, la communication par le sport et la création d’événements.
" Les personnes qui me connaissaient et avec j’ai partagé du temps sur le Net ou sur la route, sont venue vers moi les unes après les autres. C’était très émouvant " confiait en début de soirée celui que de nombreux internautes ont fini par baptiser JdLC. Incrédule, Olivier Dulaurent ne veut toujours pas croire à la retraite du Ciotaden : " tu nous dis ça, parce que là t’as un coup de moins bien " a-t-il lancé avant de lui présenter Alain Rémy [(ndlr) le nouveau stagiaire du Team Cyfac] " qui voulait te rencontrer ". " Nous avons beaucoup échangé sur les forums ou par mails, mais nous ne nous étions jamais rencontrés ", explique le licencié UFOLEP. " Alain c’est la grâce punk incarnée, de celle qui érige la formule aller en train + retour en vélo en culture et qui peut mettre un spad de route au clou pendant trois semaines et revenir mettre une branlée à 99 % du gratin du cyclosport la semaine suivante, le tout tranquille ", analysait en début de soirée l’ancien espoir l’ASM devant un spectateur visiblement impressionné par la performance du Team Cyfac dans la côte de Saint Anastaise. " Les hommes forts du jour avaient tout simplement décidé d’y placer une ligne d’arrivée virtuelle ! " confirmait Olivier Dulaurent à nos confrères de cyclozone.com quelques minutes après l’arrivée. " Olivier est évidemment un des gros moteurs du peloton, mais c’est aussi un théoricien de l’entraînement hors pair, un théoricien hors pair qui sait allier précision et partage de l’information. Et c’est clair que sa pratique intensive de la pyramide à un moment de la préparation hivernale où la plupart des cyclos travaillent le foncier est certainement l’une des clés de sa réussite cette année " poursuit l’ancien coursier francilien.
" Ce qui est clair, c’est que toi, niveau entraînement, faut tout revoir de A à Z " ironise Antonin " et question tactique de course, alors là, c’est même pas la peine d’en parler ". " JdLC est parti comme une fusée, et j'ai dû me résoudre à le voir s'éloigner dès la première rampe. Mais retrouvaille avec les couleurs rouge, noir et blanche en haut du col de la Croix St Robert - couleurs un peu cramoisies, il faut bien l'avouer !! " confirmera quelques heures plus tard Patricia Combrichon dans un post accordé à sudvelo.com. " Patricia, c’est l’intériorisation de la conscience du pédalage et du temps passé sur une selle élevée au rang de pensée ; ça peut désarmer… Ça peut désarmer, et surtout ça vous renvoie votre côté bourrin en pleine gueule… On se sent tout petit quand on va la voir après l’arrivée " conclut penaud le bourrin des Bouches-du-Rhône. 101e au scratch, 2e féminine et 1e de sa catégorie, celle que France Culture a surnommée la " spiritualiste du cyclosport ", a également tenu à rendre hommage au nouveau retraité du cyclosport en essayant de lui refourguer un de ses deux bouquets. " Il est effectivement parti comme une balle " reprend Catherine Neel, la dauphine de la fer de lance du Cyclo Cournon d’Auvergne, un moment tentée de se débarrasser de sa petite coupe kitsch en la proposant à l’ex-col killer, " pour qu’il ne quitte pas le circuit sans être reparti au moins une fois avec ce genre de truc ". " Quand je l’ai repris au sommet, je lui ai dit de s’accrocher, mais bon, il était vraiment rouge… " poursuit la Maître de Conférence auvergnate. Interrogé sur ce qui lui a pris d’essayer de suivre les meilleurs au départ, l’ex-junior surclassé avoue ne pas parvenir à expliquer ce qui restera pour nombre d’observateurs de l’inconscience pure, " voire de la connerie " insiste Antonin. " J’ai essayé de suivre les meilleurs, j’ai sauté dès le neuvième kilomètre et je l’ai payé cash… Pendant soixante kilomètres !… Dans la côte de Sainte Anastaise, j’ai enfin retrouvé quelque chose qui ressemblait à des sensations, mais bon, retrouver des sensations là où les autres sont déjà passés depuis plus de deux heures, c’est sûr que ça pose problème… ". " Tu m’étonnes " coupe Antonin. " J’étais venu pour décrocher l’or, je me retrouve 121e sur 150 classés avec comme dernier trophée un petit brevet d’argent tiré sur papier A4, ça calme. J’ai joué, j’ai perdu " a conclu le concepteur du désormais légendaire plan d’entraînement pour professions libérales ou assimilés, dirigeants de PME et fonctionnaires dont le volume de travail excède nettement les 35 heures (http://forum.velo-club.org/read.php?4,794).
" C’est un drôle " lâchait en décembre dernier Patrick François au micro de Xavier de La Porte entre deux moments de recadrage du mythe cyclosportif à la Maison du Sport Français.
Une vraie burne
" Bien sûr, tout cela est très drôle, mais pourquoi parle t-on autant de ce type " s’interrogeait il y a quelques mois Frédéric Bruguier sur sudvelo.com.
Et de poursuivre : " C'est du marketing ?
Non parce que ce ne sont pas ses performances sportives… En tout cas il est très fort, mais je ne sais pas d'où il sort. Mantes-la-Jolie il paraît, encore des conneries. En tout cas j'aimerais bien le voir sur la Marmotte et la finir ". Diminué par vingt-et-un ans d’activité intellectuelle, le Ciotaden d’origine mantaise n’a jamais été en mesure de suivre les meilleurs pendant plus de cinquante minutes. " Et encore, sur le plat " s’esclaffe Jonathan, " parce que dès que t’avais la moindre bosse, c’est au bout de vingt minutes qu’il sautait… Enfin, vingt minutes, j’exagère peut-être un peu, mais bon, en tout cas c’est évident que ce mec est une burne. " Il y a un an, quatre mois après une intervention chirurgicale qui l’avait mis en repos forcé pendant plus de six semaines, le néocyclosportif provençal échouait à quelques minutes de l’or après avoir effectué la totalité du parcours quasiment seul sur la Pierre Chany. " Idem sur la Larra-Larrau " renchérit le sociétaire de l’AVCC.
Cette année, malgré une charge de travail plus importante (6 000 km depuis le 1er novembre) et une tentative de rationalisation de ce qu’il voulait être une progression — tentative qui l’a vu alterner sur les routes de Loire-Atlantique deux sorties courtes agrémentées d’exercices spécifiques (une en fractionné et une en force) et une sortie longue, les résultats enregistrés semblent confirmer la thèse du mec qui ferait mieux de laisser béton : abandons sur la Ronde du Petit Sablé et la Madeleine ; forfaits de dernière minutes à la Bernard Bourreau et au Défi Pyrénéen, allure audax devant la voiture-balai pendant plus de 180 kilomètres dans la seconde étape de Clermont-Aurillac-Clermont et sur les 143 kilomètres des très modestes Monts d’Ardèche ; vingt minutes pour changer une chambre à air sur la Coironnaise, cinq minutes pour avaler un sandwich, une banane et deux figues à chaque ravito aujourd’hui… la liste de déconvenues est longue et le constat d’échec sans appel. " La deuxième année, il y a toujours un moment où on régresse, c’est un cap à passer " explique Alain Rémy.
Joint par téléphone quelques heures après avoir bâché sur la Pierre-Jacques-en-Baretous sous prétexte d’une pluie diluvienne, Hugues Rico, l’étoile montante de l’ultra-cycling français ne mâchait pas ses mots : " Le départ de JdLC, c'est vraiment une bonne nouvelle. Ce gros blaireau ne viendra plus pourrir mes sorties d'entraînement. Deux fois, on est allé rouler ensemble, et deux fois, on a dû faire une descente dans une boulangerie pour gérer l’hypo de Monsieur. Il faut des nerfs en béton pour rouler avec ce gars. ".
Pour Manuel Vuillerme, l’animateur de sudvelo.com, " la boulangerie de la Chapelle en Vercors deviendra sans doute un autre lieu de pèlerinage, passage obligé de tout cyclo-internaute des années 2002-2005 (comme le col du noyer, la grimpée de Prapoutel ou les ondes radiophoniques de France Culture d'après 23H) ". " Il m’en a mis plein la vue avec ses sorties de 200 et 300 bornes de ces dernières semaines, mais bon, samedi dernier, après avoir fait le cake dans l’espèce de long faux plat qui mène au pied du col de Bataille — faux plat où il a dû me mettre cinq minutes en huit kilomètres — quand on est reparti, il est resté planté comme un cadet d’ile-de-France dès le troisième lacet du col ! Et j’ai dû lui refiler mes berlingots de compote et de crème de marron, pour qu’il ne nous fasse pas une hypo " renchérit Laure Russias. " Il avale des trucs, moi je pourrais pas " reprend Hugues Rico, victime de problèmes gastriques sur le récent Raid Provence Extrême. " Que de l’Overstim.s 640 et de l’Hydrixir… et pour les derniers kilomètres, des topettes !!! " confirme la double vainqueur de l’Étape du Tour, " le coup du sandwich aujourd’hui, c’est une première ".
" Au-delà de son côté obsessionnel avec l’alimentation sportive, Laure, c’est une espèce de mélange complètement explosif de savoir d’ex-coursière de haut niveau et de conscience critique hyper acérée de la condition cyclosportive. Sur les forums de discussion, ça donne des interventions qui calment tout de suite " reconnaît le cake provençal. " Le coup du sandwich, c’est peut-être une première, mais ça prouve surtout que ce type aurait dû prendre une licence FFCT !
Ça lui aurait évité de prendre des tôles comme celles qu’il s’est prises cette année " ironise Yannick, ex-1e catégorie UFOLEP. " Il y a trois semaines, on est parti faire 240 bornes ensemble. Au bout de 180 km, on s’est arrêté dans une boulangerie, j’ai pris un sublime gâteau au chocolat, mais Jean ne voulait rien prendre… " se souvient Martial Regales, " résultat des courses, j’ai passé le restant de la sortie à l’attendre au sommet de chaque bosse. No comment.
" Rouleur végétarien convaincu, auteur de ce qui restera certainement l’un des meilleurs comptes-rendus de cyclo des années 2000 (ndlr.http://www.cyclosport.com/article.php3?id_article=1079), Martial Regales compte parmi ceux qui, avec Frédéric Lleba (ndlr. vélociste et dirigeant de l’AVCC), ont remis l’intellectuel ciotaden en selle. " Martial a toujours été présent électroniquement dans les moments où j’oubliais d’aller m’entraîner " confirme l’intéressé, " pourtant, question entraînement, lui c’est plutôt service minimum. C’est le genre de mec qui sait rester au contact des cinquante premiers d’une cyclo francilienne avec trois séances de HT et quatre ou cinq sorties longues étalées sur deux bons mois. Et puis, que ce soit dans sa pratique ou dans le regard critique qu’il porte sur la culture vélo, il sait aussi injecter de la liberté là où il y a de la " servitude volontaire " comme dirait Yvan Franck, l’ex-libertaire du CT Montferrand. "
Ses écrits sur le Net, ses citations de Debord et ses allusions à la tyrannie capitaliste me ravissent " explique le cyclo clermontois à propos de JdLC, " alors, c’est sûr que sur le vélo, il fait moins rêver, mais franchement, qu’est-ce qu’on en a f… ? ". " Ce sont des types comme Martial et Yvan qui m’ont appris que le vélo pouvait être une attitude " reprend l’auteur du Petit Jean de La Ciotat de l’Art Contemporain, et en plus, ils ont un sacré coup de pédale… C’est pas comme moi… "
Le sprint du 25 juin
Si le niveau piteux auquel a évolué l’ancien espoir de l’ASM ces deux dernières saisons ne fait aucun doute, cette année 2005 restera toutefois marquée par un véritable moment d’anthologie sur le plan sportif. " Son sprint pour la 128e place de la première étape de Clermont-Aurillac-Clermont face à un membre du Cyclo Team 69 restera longtemps dans les annales du cyclosport cantalien " explique Philippe Chazottier, brillant 16e du dernier Bordeaux-Madrid ; " la piste du vélodrome (par ailleurs pas mal dégradée) Jean Alric résonne encore des exploits du plus grand spécialiste de l'art contemporain du peloton cyclosportif ". Interrogé en début de semaine par email sur les raisons qui l’ont poussé à " faire le sprint " pour une place aussi nulle, et " devant du monde en plus ", l’auteur de " La psychologie de l’artiste international, "(www.mudam.lu/magazine) avoue avoir " pété un câble " quand lui et ses deux compagnons d’infortune, largués dans la pampa auvergnate depuis plusieurs heures, sont entré sur le vélodrome d’Aurillac : " On était avec un gars du Cyclo Team 69 et on s’était attendu tous les trois dans le final de cette étape, histoire de bien finir et surtout d’en garder sous la pédale pour le lendemain " explique l’intellectuel provençal… " Quand on a pénétré sur la piste, les gars du Cyclo Team 69 qui étaient dans les tribunes ont fait une ovation de ouf à leur copain, mais vraiment de ouf… Ça a chargé l’atmosphère d’une espèce de tension quasi irréelle…en tout cas pas du tout en rapport avec les watts que nos trois corps étaient en mesure de produire à ce moment-là… On s’est regardés tous les trois et je me suis entendu dire : " on va quand même pas mettre les mains en bas du guidon ???…
— " Ben… si ", a répondu l’un de nous… C’est à ce moment-là que tout a basculé… J’ai vu quatre cuisses se mettre en action… des doigts se crisper en bas des guidons… Mon regard s’est alors porté une vingtaine de mètres en avant… j’ai senti mes fesses s’élever, ma mâchoire a esquissé un sourire de mec détaché… J’ai mis le 52 x 17… je les ai laissé prendre quelques longueurs… j’ai commencé à rouler du cul… C’était parti ! Dans l’entrée du virage, en un dixième de seconde, j’ai pris la mesure de l’inclinaison de la pente (j’ai fait un peu de piste) et j’ai tout de suite vu qu’en montant, ma pédale droite allait toucher… je suis donc resté à la corde et j’ai continué d’accélérer… genre le mec sûr de sa force… Je suis revenu comme une balle… C’était atroce, mais atroce : j’avais la tête dans le guidon et les jambes qui tournaient comme si j’avais viré en tête d’une course de cadet ! J’ai franchi la ligne comme un boulet de canon, avec mes deux compagnons du jour à trois longueurs derrière moi… Mon visage était totalement détendu, mes joues redessinées par un rire d’enfant… Je n’avais pas fait un truc pareil depuis 1982… Un corps de quarantenaire et un cerveau de junior… ! Il m’a fallu plusieurs dizaines de mètres pour m’arrêter. Une fois revenu sous l’arche d’arrivée, je suis tout de suite allé m’excuser auprès de celles et ceux que je connaissais et qui m’avaient vu… Spécialiste des comportements aliénés les jours non-ouvrables, Janett Stranglers voit dans les pratiques régressives de fins de semaine " une façon de rejouer une partition qu’on aurait aimé écrire ".
Pour Catherine, " JdLC n’est pas ce cycliste à plume dont vous semblez tous parler. Il appartient bien toutefois à une espèce rare : les " chercheurs ayant trouvé " et comme tout " chercheur ayant trouvé ", il s’en retourne vers la quête d’un nouveau sujet de recherche, jusqu’à ce qu’il le trouve. " Jointe par téléphone en fin d’après-midi, Francesca de La Ciotat, la mère de l’ex-futur espoir de l’ASM, s’est déclarée " soulagée " : " Je suis contente qu’il ait enfin décidé de mettre un terme à ses conneries. Il y a un âge où il faut savoir s’arrêter et passer à autre chose ".
À 18 h 45, JdLC remontait une dernière fois sur son Vitus noir, " pas pour aller faire de la récup active ", simplement pour regagner sa fidèle Fiat Tipo Blanche (" celle qui pendant trois ans, m’a amené là où le mythe m’appelait " ). " On l’a vu s’éloigner sans une larme, la classe " commentent Marc et Gisèle, venus en voisin pour voir " à quoi ressemblait ce mec ". " Ce soir, là, tout seul dans ma petite voiture, je n’ai qu’un seul regret " a déclaré le quarantenaire parisien — " celui de n’avoir pas su transmettre la culture de l’intériorisation de la distance et de la transcendance des ascensions à répétition " qu’a pourtant su me faire partager un membre du Team Chamrousse dont je préfère taire le nom ".
À la tombée de la nuit, pendant que l’équipe de Sport Communication faisait une dernière fois le tour du site de départ et d’arrivée pour vérifier qu’elle n’avait rien oublié, Jean de La Ciotat mettait toute sa bonneterie rouge et noir dans une poubelle publique.
JdLC – News.
Photo:JDC
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